Nouvelle-Zélande-France 1999 : la seconde période

Dominés au score, les Français vont encaisser un essai dès la reprise. C’est à ce moment que se produisit l’inimaginable.

Au retour des vestiaires, il ne faut pas plus de cinq minutes aux Blacks pour accentuer un peu plus leur avance avec le deuxième essai de l’après-midi de Jonah Lomu. « C’est parti d’un renversement d’attaque de Jeff Wilson, raconte l’ailier. C’est une combinaison qu’on avait travaillé. Jeff prenait un angle de course, visant en gros le drapeau de coin, et moi j’ai coupé à son intérieur. J’ai pris la balle, redressé légèrement ma course, juste pour fixer Bernat-Salles, et au moment où il était sur les talons, j’ai accéléré, fait un crochet à droite et je suis passé dans l’intervalle. J’ai redressé encore, juste suffisamment pour fixer l’arrière, puis j’ai mis les gaz en visant le poteau de coin. »

Fair-play, Lomu oublie de dire que Garbajosa, l’arrière français, s’est proprement troué sur cette action. Avec la transformation de Mehrtens, les All Blacks mènent de quatorze points (24-10). On pense alors que le match est plié et qu’il peut tourner à la démonstration.  Pas les Français.

« Il fallait survivre aux dernières minutes qui nous attendaient. C’est alors qu’il y a eu une sorte de révolte collective, avec pas mal d’éclat »

« Je crois qu’un des moments clés du match s’est produit après le deuxième essai de Jonah Lomu, au début de la seconde période, confesse Raphaël Ibanez. Il déboule dans la ligne de trois-quart, il aplatit et on se retrouve sous les poteaux. Je me souviens qu’à ce moment, on est dans la survie. Ce n’était même plus une simple question de jeu de rugby. Il fallait survivre aux dernières minutes qui nous attendaient. C’est alors qu’il y a eu une sorte de révolte collective, avec pas mal d’éclat. »

Les tauliers vont reprendre les choses en main. « A 24-10, soit on plongeait, soit on décidait de se révolter, poursuit Ibanez. On avait le vent avec nous et j’ai dit à Fabien Galthié d’essayer de jouer plus dans l’axe du terrain parce qu’ils se replaçaient trop bien sur les côtés. » En face, on ne voit pas le coup venir. « Il y a une théorie en Nouvelle-Zélande qui dit que nous nous sommes relâchés et endormis en deuxième période, explique Lomu. Mais nous ne nous sommes pas endormis, c’est plutôt les Français qui se sont réveillés, et nous n’avions pas un plan de jeu en deuxième période. Même lorsque nous sommes passés à 24-1à après mon deuxième essai, les Français étaient toujours dans le match. »

« Comme tous mes camarades, je ressentais une sensation de bien-être. Nous n’avions pas de doute. »

Deux minutes après l’essai de Lomu, Lamaison claque un premier drop. Sur le coup d’envoi, les Français reviennent dans le camp des Blacks et Lamaison claque un deuxième drop.  « Comme tous mes camarades, je ressentais une sensation de bien-être, confie l’ouvreur. Nous n’avions pas de doute. Or, dans ce cas, un lanceur, un passeur ou un buteur devient performant. C’est ce qui nous est arrivé. »

Le jeu reprend. Les Français reviennent par deux fois dans le camp néo-zélandais. Par deux fois, Lamaison passe deux pénalités. En dix minutes, ils ont recollé à deux points des Blacks (24-22). « On lisait dans le regard des All Blacks qu’ils ne comprenaient plus rien, qu’ils étaient envahis par le doute, qu’ils n’étaient que des hommes, se rappelle Domiici. Et on se sentait forts, très forts. A ce moment, il te vient des couilles ! »

« Il y a des jours comme ça, où tu ne manques aucun placage, où les ballons d’arrivent comme des mots d’amour, où rien ne peut t’arriver, que du bonheur »

Une minute après la pénalité de Lamaison, les Français remettent la main sur le ballon. Sur un ruck à hauteur de la ligne médiane, Galthié décide de taper à suivre. Dominici raconte la suite de l’action : « Pour une fois j’ai suivi. Franchement, je le fais rarement. Si j’y avais cru, j’aurais pu marquer le même essai contre le Canada. Là, je me suis rué et j’ai eu le rebond ! Plus favorable, tu peux pas ! Il y a des jours comme ça, où tu ne manques aucun placage, où les ballons d’arrivent comme des mots d’amour, où rien ne peut t’arriver, que du bonheur, que du bonheur ! »

Le XV de France est repassé devant au score : 29-24. Dans un stade incrédule, il va inscrire deux nouveaux essais en contre par Dourthe à la 60ème et Bernat-Salles à la 75ème. En un peu plus d’un quart, les hommes d’Ibanez viennent d’infliger un improbable 33-0 aux Blacks. « On ne trouvait pas de solution, avouera Jonah Lomu. Il n’y avait rien à faire. Beaucoup d’entre nous, quand on se remémore ce match, se disent : « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? » Sur le terrain, on ne se disait des choses comme : « j’hallucine ou quoi ? Est-ce que cette chose vient vraiment de se passer ? ». »

« Les mecs, regardez-les ! Regardez-les dans les yeux ! Ils n’en veulent plus ! Ils ne savent plus où ils sont ! »

Les Français l’ont compris : les Blacks n’y sont plus et le match est pour eux. « Je ne me souviens pas des dernières minutes, se rappelle Ibanez, par contre je me souviens très bien d’une réflexion de Marc Liévremont qui nous a dit après l’un des derniers essais : « Les mecs, regardez-les ! Regardez-les dans les yeux ! Ils n’en veulent plus ! Ils ne savent plus où ils sont ! ». C’était vrai. Chez les Blacks, il y avait une sorte de surprise, ils étaient abasourdis par le renversement. »

Alors les Français décident de faire participer les remplaçants à la fête. « Fabien Galthié a voulu que rentre Stéphane Castaignède et, moi, je suis sorti pour que joue Ugo Mola, expliquait Dominici au sortir du match. Ecris simplement qu’on était blessés… On voulait partager. C’est le grand, le beau mot : partager »

En toute fin de match, les Blacks inscrivent un dernier essai sur un ballon de récupération. Le score est alors de 31-43 en faveur des Français. Il ne bougera plus. Raphaël Ibanez : « C’était la folie dans les tribunes, les gens étaient tellement incrédules et enthousiasmés. Nous étions là, à profiter de l’instant. Je me souviens des larmes d’Abdel Benazzi qui avait connu tellement de campagnes. Il marquait le coup. »

A PROPOS DE CE NOUVELLE-ZELANDE-FRANCE  1999

SUR LA COUPE DU MONDE 1999

SOURCES

  • « French flair meets All Black might » : bbc, 29 octobre 1999
  • « Marshall axed by All Blacks » : bbc, 29 octobre 1999
  • Chris Laidlaw, « We must not write the French off » : New Zealand herald, 30 octobre 1999
  • « Loss to France does not bear contemplation » : New Zealand herald, 30 octobre 1999
  • « Le XV de France et la coupe du monde » : L’Equipe Saga, numéro 4août 2011
  • « Le match le plus renversant » : L’Equipe magazine, 25 août 2007
  • Christophe Lamaison, « les paroles de Raphaël Ibanez » : Midi Olympique, le guide de la coupe du monde 2007
  • « Spécial coupe du monde 2007 » : Sud Ouest, juin 2011
  • Cédric Beaudou, Lionel Chamoulaud, « Paroles de capitaines » : Mango Sport, 2006
  • Richard Escot, « Les exploits du XV de France » : Solar, 2003
  • Ian Borthwick, « France-All Blacks : 100 ans de rencontres » : Au vent des îles, 2006
  • « Après la déconfiture, les kiwis sont verts » : Libération, 4 novembre 1999
  • « Le plus grand match de l’après-guerre » : L’humanité, 2 novembre 1999
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