1995-1999 : les coupes du monde de Jonah Lomu

Ces deux coupes du monde ont suffi à changer définitivement le rugby. En coulisse, il devenait professionnel et, sur le terrain, il prenait les traits de Jonah Lomu, première véritable star planétaire.

« Ce gaillard de 1,96 mètre et 118 kilos faisait basculer ce jour-là le rugby moderne dans une nouvelle ère: celle des attaquants surpuissants, aux épaules de déménageur et aux pectoraux saillants, qui ont chassé des stades les gazelles racées dont les accélérations régalaient autrefois les foules ». C’est ce qu’écrivait L’Express en 1999 à propos de la performance réalisée quatre ans auparavant par Jonah Lomu lors de la coupe du monde sud-africaine.

1995 : la découverte du phénomène
Qui l’aurait prédit un an plutôt, en 1994, lorsque Lomu fit ses débuts face au XV de France ? Pas grand monde. Alors âge de 19 ans, il devenait le plus jeune All Blacks de l’histoire. Mais, au-delà de la double défaite des Néo-Zélandais, sa prestation face aux Français laissait à désirer. Le géant tongien fut d’ailleurs écarté de la sélection dans la foulée. Il y fit son retour juste avant le mondial sud-africain à la faveur de prestations énormes lors du Hong Kong Sevens qu’il remportait avec la sélection néo-zélandaise.

« Lomu devient un phénomène, surréaliste comme un héros de bande dessinée »

Progressivement, Lomu va faire sa place à l’aile des All Blacks jusqu’à cette demi-finale contre l’Angleterre. Ce jour-là, il marque quatre essais, tous plus impressionnants les uns que les autres. Rory Underwood et Mike Catt sont ses souffre-douleurs. Libération écrit qu’à cette occasion, « Lomu devient un phénomène, surréaliste comme un héros de bande dessinée ».

Doté d’un tel phénomène, on n’imagine pas les All Blacks perdre en finale. Il n’y sera pourtant que l’ombre de lui-même, peut-être submergé par l’émotion. « D’abord  on avait été très intimidé de serrer la main de Nelson Mandela, qui portait en plus le maillot des Springboks, confie-t-il. J’ai senti d’un coup la pression peser sur nos épaules parce qu’ils avaient Mandela de leur côté, qu’ils avaient enfin un pays entier uni derrière eux après toutes ces années… Tout arrivait en même temps ce jour-là »

« J’ai senti d’un coup la pression peser sur nos épaules parce qu’ils avaient Mandela de leur côté, qu’ils avaient enfin un pays entier uni derrière eux après toutes ces années… »

Plus sûrement, il y eut ce plan anti-Lomu mis en place par les Boks, consistant à monter très haut sur lui en défense pour le bloquer avant qu’il ne prenne de la vitesse et le forcer à revenir intérieur où la 3ème ligne devait le mettre au sol. Le plan fonctionna à merveille et la botte de Stranky donna la victoire aux Boks.

1999 : Twickenham, jardin maudit
Au lendemain de la coupe du monde, le phénomène Lomu attire toute l’attention des médias. « J’étais effrayé, explique-t-il, les gens me suivaient partout, savaient tout sur moi, jusqu’à ce que je mangeais. Le problème est que je ne pouvais parler à personne de ma célébrité, car ça n’était jamais arrivé encore. Ma vie était devenue publique. » Lomu est en effet un cas unique dans le rugby mondial. On l’imagine indestructible mais on lui décèle un problème aux reins. Pendant deux ans, en 1997 et 1998, il va mettre quelque peu sa carrière entre parenthèse.

« Je ne pouvais parler à personne de ma célébrité, car ça n’était jamais arrivé encore. Ma vie était devenue publique »

Comme en 1995, il ne rejoint la sélection néo-zélandaise qu’au dernier moment. Comme en 1995, il n’est pas titulaire au début du Tournoi. Il se fait d’abord remarquer à Twickenham lors du premier tour en passant en revue quatre Anglais lors d’une course de plus de cinquante mètres pour marquer un essai comme lui-seul pouvait en inscrire. Totalement impuissant, Lawrence Dallaglio ne trouva rien de mieux que de se ruer sur Lomu alors qu’il était allongé dans l’en-but pour lui asséner un coup de poing.

Par cet exploit, Lomu rappelait qu’il était bien le meilleur joueur du monde et cette coupe du monde devait être la sienne. Malgré deux nouveaux essais à Twickenham, deux essais dans le plus pur style Lomu, il ne put rien en demi-finale face à la furia française. « À Wellington en 1999, nous avions mis plus de cinquante points aux Français, se souvient-il. Lorsqu’on les a retrouvés à Twickenham en demi-finale de Coupe du monde quelques mois après, leur performance extraordinaire a conduit à notre élimination. Cela ne m’a jamais posé de problème de reconnaître une contre-performance. Ce fut loin d’en être une de la part des All Blacks. Les Français étaient imbattables. Avec une dernière demi-heure terrible. »

« Cela ne m’a jamais posé de problème de reconnaître une contre-performance. Ce fut loin d’en être une de la part des All Blacks. Les Français étaient imbattables. Avec une dernière demi-heure terrible »

« Il faut savoir perdre avec humilité, poursuivait-il. J’ai félicité les Français en leur souhaitant bonne chance pour la finale. Ce n’est pas pour autant un souvenir douloureux. Je n’ai jamais passé de mauvais moments sur un terrain de rugby. Jouer avec les All Blacks est un privilège. » Ce match et ces deux essais devaient être les derniers de Lomu en coupe du monde avant que ses problèmes de reins ne le rattrapent définitivement.

SOURCES

  •  « Jonah Lomu : « Les Français peuvent battre n’importe qui » » : Le Figaro, 5 octobre 2007
  • « Jonah le carré » : L’express, 28 octobre 1999
  • « Implacable » : Libération, 28 avril 2008
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