Les coupes du monde de Joost Van der Westhuizen

Avant Carter, les Blacks avaient Mehrtens, le meilleur ouvreur de sa génération. Avant Fourie Du Preez, les Boks avaient eux Joost Van der Westhuizen. Un personnage complexe mais le meilleur demi de mêlée de sa génération.

1995 : le style VdW
En 1996, Libération se rappelle : « Il arrive en sélection en 1993. Son jeu très personnel attire immédiatement les regards, d’autant qu’il jouit d’un physique avantageux et d’une élégance sans égal ». C’est ce style qui va en faire le demi de mêlée titulaire des Boks dans la conquête de leur coupe du monde.

« Ses initiatives rythment le jeu des Springboks, écrit le journaliste de Libération, il n’hésite jamais, dès que la moindre faille se présente, à jouer de son physique dans les interstices qu’aménagent ses huit béliers ». VdW, comme le surnomma Patrick Thuillier, le commentateur de TF1 pendant la coupe du monde, est en effet le parfait demi de mêlée façon springbok, un neuf proche de ses avants. Il recherche souvent le jeu d’avants et aime jouer autour des mêlées où ses qualités de vitesse et de puissance lui ont permis de marquer de nombreux essais (1).

« Il n’hésite jamais, dès que la moindre faille se présente, à jouer de son physique dans les interstices qu’aménagent ses huit béliers »

Belle gueule, le Sud-Africain est paraît-il un discret en dehors des terrains. Sur le terrain, ce serait plutôt une grande gueule. Après le quart de finale, les Samoans se plaignirent ainsi de son agressivité aussi bien verbale que physique : bordures d’insultes racistes, accusé d’avoir mordu son vis-à-vis… Van der Westhuizen élude alors la polémique en mettant en avant son amitié avec Chester Williams, l’ailier métis des Boks.

Il n’en reste pas moins que l’image du provocateur va rester et va enfler tout au long de sa carrière et des nombreuses polémiques qui vont l’émailler. On dit de lui que c’est un provocateur qui multiplie les mauvais gestes avant de se réfugier derrière ses avants. On critique son manque de fair-play dans la victoire comme dans la défaite, avec une tendance à provoquer et railler ses adversaires en permanence.

1999 : le compétiteur
On l’aura compris : Van der Westhuizen, ce n’est pas qu’un grand talent de joueur ; c’est aussi un caractère fort. Au lendemain de la coupe du monde 1995, il est au sommet de sa carrière. Il le restera jusqu’en 1998. Mais il se présente à la coupe du monde 1999 blessé au genou. Cela ne l’empêchera pas de disputer l’un de ses matchs les plus aboutis en demi-finale contre les Wallabies.

« J’aime m’exprimer à travers mon rugby, et non pas jouer pour appliquer des instructions »

Ce caractère ne l’empêchera surtout pas de s’opposer à plusieurs de ses entraîneurs, à commencer par Nick Mallett, le sélectionner sud-africain lors de cette coupe du monde. « J’aime m’exprimer à travers mon rugby, et non pas jouer pour appliquer des instructions ».

Van der Westhuizen, c’est aussi un Afrikaner dans la plus pure tradition. Attaché à sa ferme (près de Pretoria), il a suivi une éducation très stricte qui explique qu’il soit peu expansif sur sa vie en dehors des terrains. Il n’aime guère les mondanités et n’apprécie guère les obligations liées au rugby professionnel, pas plus que les 3ème mi-temps. Pour se détendre, ce qu’il aime, c’est partir en safari avec sa femme en Namibie ou au Zimbabwe.

En bon Afrikaner, il fait souvent référence à l’esprit des Boks, celui qu’ont forgé les Mostert, Louw ou Craven, et de la responsabilité des Springboks contemporains de perpétuer cet héritage. Certaines de ces déclarations publiques sur la présence ou l’absence de joueurs de couleur firent d’ailleurs polémique.

2003 : apaisé ?
Lorsqu’il débarque en Australie pour disputer sa 3ème coupe du monde, c’est un joueur qui semble apaisé. « Je suis là pour me faire plaisir. Je veux jouer avec le sourire ».

« La chose la plus importante pour moi est de respecter mes convictions. C’est pour ça que je n’ai pas laissé tomber en 2002 lorsque Viljoen ne me prenait pas »

« Je veux finir ma carrière comme je l’ai commencé et je crois que c’est possible, poursuit-il. J’ai eu mes mauvaises périodes et il y a des moments où il m’était impossible de me faire plaisir sur un terrain. Mais je pense qu’aujourd’hui j’ai retrouvé le niveau qui était le mien entre 1995 et 1998. La chose la plus importante pour moi est de respecter mes convictions. C’est pour ça que je n’ai pas laissé tomber en 2002 lorsque Viljoen ne me prenait pas » Il dut pourtant baisser pavillon en quart de finale face aux Blacks.

(1)    Avec 38 essais inscrits lors de ses 89 sélections avec l’Afrique du Sud, il fut le recordman d’essais marqué par un Sud-Africain jusqu’à ce que Bryan Habana ne le détrône lors de la coupe du monde 2011.

A LIRE AUSSI

SOURCES

  • « Joost Van der Westhuizen, le play Bok » : Libération, 9 décembre 1996
  • « Van der Westhuizen upholds Springboks’ formidable tradition » : the independent, 17 octobre 2003
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