France-Irlande 1982 : le grand pardon

« Le rugby, à 80%, c’est dans la tête » confie Robert Paparemborde à un journaliste dans les couloirs du Parc au soir de la victoire du XV de France contre l’Irlande. Pourtant, quelques heures plus tôt, dans la tête des supporters français, tout n’était pas aussi clair.

Victorieuse du Grand Chelem l’année précédente, l’équipe de France s’était inclinée au Pays de Galles (12-22), puis à Paris contre l’Angleterre (15-27), et enfin en Ecosse (7-16). C’est donc avec la perspective d’une infamante cuillère de bois, une première depuis 1957, qu’elle préparait son dernier match du Tournoi. En face, trois victoires de rang (20-12 contre le Pays de Galles, 16-15 contre l’Angleterre et 21-12 contre l’Ecosse) assuraient davantage de confiance et de convictions aux Irlandais.

COUP DE TORCHON
Déjà assurés de la victoire dans le Tournoi, les Irlandais venaient à Paris avec l’espoir de décrocher le Grand Chelem, le premier depuis 1948. Et, outre un plein de confiance, ils avaient pas mal d’arguments à faire valoir si l’on regarde la composition de cette équipe : Phil Orr (pilier) Ciaran Fitzpatrick (talonneur) Moss Keane (2ème ligne) Fergus Slatterry (3ème ligne) Ollie Campbell (ouvreur) Michael Kiernan (centre)…

« Je crois que tout à l’heure le XV de France va aussi s’engager sur une autre voie. »

Côté français, pour la composition d’équipe, on pare au plus pressé. « Aux abois pour sauver la saison sur un coup d’éclat, les sélectionneurs avaient battu le rappel » peut-on lire dans L’Equipe. Fouroux change pas moins de huit joueurs dans son quinze de départ par rapport à celui qui s’est incliné à Edimbourg. Dopsital et Paparemborde remplacent Cremaschi et Dubroca à la pile ; Imbernom (blessé et qui jouera en boitant) retrouve une place en deuxième à la place de Rodriguez qui glisse en 3ème ligne, entraînant le repositionnement de Joinel comme 3ème ligne centre à la place de Carpentier ; à la mêlée, il rappelle Berbizier à la place de Martinez ; dans la ligne de trois-quart, l’ailier Pardo, le centre Perrier et l’arrière Sallefranque sont sortis aux profits de Fabre, Mesny et Gabernet. Autrement, du lourd et de l’ancien.

Le jour du match, au lieu de prendre l’autoroute comme il le fait d’habitude pour emmener le XV de France de Rambouillet, son lieu de résidence, au Parc des princes, le chauffeur décide de prendre des petits chemins. Pour Fouroux, qui se confie à Rives, son capitaine, c’est un signe : « Je crois que tout à l’heure le XV de France va aussi s’engager sur une autre voie. »

LA FORCE TRANQUILLE
La première mi-temps est pourtant « insipide et peu spectaculaire » d’après le compte-rendu de L’Equipe. Les Français ont un plan de jeu très simple, tenir les Irlandais dans le petit périmètre pour les user, et ils s’y tiennent. « On a fait exactement ce qu’on voulait, reconnait Paparemborde. On a conduit le match comme on l’avait décidé. » Les 3 points d’avance irlandais à la mi-temps (3-6) ne sapent pas la confiance des Français. « Difficile à expliquer, poursuit Paparemborde,  mais on sentait qu’il n’y avait pas de répondant en face. Ils n’étaient pas virulents comme d’ordinaire. Ils ne faisaient pas mal. »

Effectivement, la seconde période sera un festival français, un festival qu’ouvre Serge Blanco avec un essai. S’ensuivent trois pénalités de Gabernet et du même Blanco pour porter le score à 16-6. En fin de match, Campbell réduisit le score sur une pénalité mais ce sont bien les hommes de Rives qui eurent le dernier mot avec un essai signé Gabernet (22-9).

« Je vais te dire, c’était presque gagné quand ils ont annoncé la composition de l’équipe. Oui, il y en avait déjà la moitié de fait »

Un succès quasi-inespéré mais qui ne surprend pas plus que cela les joueurs,  à l’image de Paparemborde : « Je vais te dire, c’était presque gagné quand ils ont annoncé la composition de l’équipe. Oui, il y en avait déjà la moitié de fait ». Une confiance que confirme le sélectionneur national, Jacques Fouroux : « Je n’ai même pas eu, pour une fois, besoin de leur parler. Ils se sont retrouvés. Dans ces cas-là, il n’y a plus de carte d’identité, plus de fiche d’état civil, tout le monde a 20 ans ».

L’honneur était sauf. Mais pour cette équipe, ce n’était qu’un dernier coup d’éclat, sans lendemain. Un an plus tard, au moment d’ouvrir le Tournoi 1983, ils n’étaient plus que 7 sur le pré.

SOURCE
« Le coup de torchon » : L’Equipe ; 22 mars 1982

PLUS D’INFOS SUR LE TOURNOI 1982
L’APRES-RASAGE DE SMART

POUR ALLER PLUS LOIN
FRANCE 1981 : FLAIR JACQUES
PAPAREMBORDE : ROBERT LE BON
JEAN-PIERRE RIVES : LE FERRAILLEUR
MOSS KEANE : ROUX, DUR ET DINGUE

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