France 1968 – La dernière levée

[5/6] LE XV DE FRANCE A RENDEZ-VOUS A CARDIFF POUR TENTER DE DECROCHER SON PREMIER GRAND CHELEM. UN PEU DE REUSSITE VA PERMETTRE AUX HOMMES DE CARRIERE DE SE SORTIR DU BOURBIER GALLOIS.

La France se présentait donc à Cardiff avec pour objectif de remporter le premier Grand Chelem de son histoire. Ses supporters espéraient juste qu’elle sorte enfin un grand match car face à elle se dressait une sélection galloise jeune et inexpérimentée mais terriblement prometteuse. Dans toutes ses lignes, elle regorgeait de talents avec des joueurs comme le centre John Dawes, les demis Barry John et Gareth Edwards ou les avants John Taylor et Dewi Morris.

« Excuse-moi Walter de te demander ça, mais tu ne voudrais pas changer ? »

Côté français, on enregistrait trois changements : la paire de centres Dourthe-Maso fut invitée à remplacer Gachassin et Lux ; en troisième ligne, Grenoblois Michel Greffe, l’un des héros de la sélection du Sud-Est, profitait de la blessure de dernière minute de Salut. Ce changement ne fut pas sans conséquence pour Spanghero, habitué à évoluer au centre de la 3ème ligne. « Normalement, c’est Michel Greffe, le Grenoblois, qui devait porter le numéro 6, se souvient le Narbonnais. Mais dans le car menant au stade, il vient me trouver et, un peu gêné, me dit :  » excuse-moi Walter de te demander ça, mais tu ne voudrais pas changer ? Moi, je ne suis pas habitué et ici, à Cardiff…  » Moi, Cardiff ou ailleurs, j’en avait rien à branler. Alors je lui ai répondu :  » OK, on fait comme ça ! « . »

Les Français n’étaient pas plus tendus que cela à la veille de ce rendez-vous décisif. « Nous étions partis là-bas pour jouer un match de rugby, confesse Spanghero. Nous, on ne parlait pas de Grand Chelem, on ne ressentait aucune pression. »

« Nous, on ne parlait pas de Grand Chelem, on ne ressentait aucune pression »

Vent froid et pluie glacée s’invitèrent à la partie, gorgeant d’eau une pelouse qui ne tarderait pas à se transformer en bourbier. « C’est bien simple, explique Christian Carrère, aujourd’hui, le match serait reporté. » Habitué à ces conditions atmosphériques, le public gallois ne se refroidissait pas et, à l’heure des hymnes, il hua et siffla tant qu’il put le « God save the queen » au point que celui-ci dut être interrompu. Sentant un vent de révolte, les dirigeants gallois décidaient de descendre l’Union Jack de son mât, ne laissant flotter au vent que le drapeau tricolore et la bannière blanche et verte ornée du dragon rouge.

L’enthousiasme gallois se manifesta aussi au coup d’envoi. Après un quart d’heure, le XV de France était mené de six points (0-6). Un drop de Guy Cambérabéro permettait aux Français de recoller mais juste avant la mi-temps une pénalité de Rees redonnait six points d’avance aux Diables rouges.

A la reprise, malgré le vent contraire, Rees ajoutait une nouvelle pénalité (3-12). Dans la foulée, voulant sans doute imiter son frère Guy, Lilian Cambérabéro tenta un drop sous les poteaux. Son coup de pied se serait perdu dans les tribunes de l’Arms Park si une main galloise n’avait malencontreusement rabattu la balle vers l’en-but où se jetait Christian Carrère pour aplatir (6 à 9).

« C’est vrai que je suis sorti un peu  » tatoué  » de cette rencontre, mais en entier »

A la 52ème, l’arbitre, dont nous avons oublié qu’il s’agissait de nouveau de l’Ecossais M. Laidlaw, accordait à la France une mêlée à cinq mètres de l’en-but gallois. La défense galloise se focalisait sur Guy Cambérabéro mais oubliait de surveiller Michel Greffe qui s’échappait du regroupement pour servir Lilian Cambérabéro côté fermé pour un essai en coin. Son frère Guy passait la transformation et donnait enfin l’avantage à la France : 11 à 9.

A la 66ème, une pénalité de Cambérabéro confortait l’avance française (14 à 9). Les Gallois jetèrent leurs dernières forces dans la bataille comme le rapporte Walter Spanghero qui garde le souvenir d’ « un match engagé (…)  Le pied est fait pour se mouvoir de haut en bas dans une mêlée ouverte. Jamais comme un balancier. C’est vrai que je suis sorti un peu  » tatoué  » de cette rencontre, mais en entier. »

« en une seule saison ont été rattrapées 69 années de faux-rebonds, de décisions discutables et de prouesse pour le roi de Prusse »

Sans être brillants, lui et ses camarades entraient dans l’histoire du rugby français comme la première équipe victorieuse d’un Grand Chelem. La presse ne se fit évidemment pas prier pour relater l’exploit comme il se devait. Dans « Midi Olympique », Georges Pastre écrivit ainsi : « on peut dire que le rugby français a atteint sa maturité. (…) Le match valut par son caractère historique, par l’engagement qui s’y fit. La vaillance des joueurs a finalement prévalu. » Dans « l’équipe », Denis Lalanne titrait « un printemps historique » et évoquait dans son compte rendu « La réussite exorbitante des Cambé »… « la hardiesse d’un Lacaze »… « la classe d’un Campaes »… « la virulence retrouvée d’un pack français au combat »…

Le journaliste reconnaissait que cette équipe eut la réussite un peu heureuse mais, comme il fallait faire appel à l’histoire, il rappelait que, jusqu’alors, le sort avait été rarement favorable aux Français : « Disons qu’en une seule saison (…) ont été rattrapées 69 années de faux-rebonds, de décisions discutables et de prouesse pour le roi de Prusse. »

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