Barry John : le magicien gallois qui a pris sa retraite trop tôt

40 ANS APRES LA FIN DE CARRIERE DE CELUI DE BARRY JOHN, THE GUARDIAN REVIENT SUR LA CARRIERE DE CELUI QUI RESTE CERTAINEMENT LE MEILLEUR NUMERO 10 GALLOIS DE L’HISTOIRE. TRADUCTION.

Depuis le 26 avril, cela fait maintenant 40 ans que Barry John a disputé son dernier match. Quand il se présenta au milieu de son équipe pour affronter le XV de Carwyn James à l’Arms Park de ardiff lors d’un match organisé à la hâte pour collecter des fonds pour une association de jeunesse galloise, peu de monde savait que ce serait la dernière apparition de celui qu’on avait surnommé « The king » 12 mois auparavant lors de la tournée victorieuse des Lions en Nouvelle-Zélande.

Plus de 30.000 personnes, une foule trois fois plus nombreuse que celle recensée une semaine plus tard à l’occasion de la finale de la coupe entre Llanelly et Neath, étaient présents pour regarder John inscrire un dernier essai au terme d’une course de 40 mètres au milieu des défenseurs adverses.

« Le regret, que j’ai toujours, ce n’est pas d’avoir arrêté ma carrière, c’est de ne pas avoir eu d’autre choix »

John avait 27 ans quand il prit sa retraite. A l’époque, il était impossible qu’il puisse écrire sa biographie et devenir chroniqueur dans un journal sans qu’il soit considéré par les autorités du jeu comme un professionnel. Il était au sommet et sa décision de se retirer a été prise afin de préserver sa réputation. Il était la première célébrité du rugby et cette célébrité le mettait mal à l’aise.

[L’article relate alors l’histoire de la révérence qu’une fan lui fit dans la banque où il travaillait – lire « Barry John : Mozart en crampons » ]

Si John pouvait paraître arrogant sur un terrain, terriblement confiant en ses qualités et rarement troublé, il n’avait pas envie d’être le centre d’attention : « j’étais plutôt celui qui s’assoit dans le coin d’une pièce pour écouter et observer plutôt que celui qui se tenait au milieu de celle-ci ». « Je voulais juste jouer au rugby et je sentais que cette attention affectait ma condition. Je ne voulais pas arrêter de jouer. Je sentais juste que je devais le faire si je voulais rester honnête avec moi-même. Le regret, que j’ai toujours, ce n’est pas d’avoir arrêté ma carrière, c’est de ne pas avoir eu d’autre choix. Je sentais que je pouvais encore jouer quelques années à mon meilleur niveau mais seulement si je restais moi-même et cette célébrité m’en éloignait. »

Rappeler le passé est souvent un exercice sentimental, un refuge pour les bons souvenirs. John en a laissé beaucoup et il a inspiré un jeune garçon qui allait devenir demi d’ouverture en septembre 1967. Cardiff jouait contre Neath. John avait rejoint les bleus et noirs au cours de l’été après avoir obtenu un poste d’enseignant dans la capitale. Il formait alors la charnière du club avec Gareth Edwards. Il avait fait ses débuts avec Cardiff quatre jours avant contre Headingley.

La violence était alors acceptée comme un élément du rugby gallois maiss cette soirée à l’Arms Park fut particulièrement brutale. Le flanker de Neath Randall Davies fut expulsé, du presque jamais vu à l’époque, et suspendu pour trois mois et Cardiff refusa de jouer contre Neath au cours des trois années suivantes en signe de protestation. Mais, ce soir-là, John parut s’élever au dessus de ce bourbier en apportant sa touche de majesté.

[…]

« C’était une belle période pour jouer au rugby et le rugby n’était alors qu’un jeu »

« J’ai eu de la chance de jouer à cette époque. Bien sûr que j’aimerais encore jouer maintenant car cela voudrait dire que je suis encore jeune et que je n’ai pas mal à la hanche (…) Mais c’était une belle période pour jouer au rugby et le rugby n’était alors qu’un jeu. C’était parfois difficile et je me souviens très bien de ce match contre Neath. j’allais taper le coup d’envoi quand Gerald Davies, qui était mon premier centre, m’a dit : « Barry, je ne t’en voudrais pas si tu ne me passes pas la balle ». Je savais d’où il venait et j’ai demandé à Gareth Edwards si ce ne serait pas une bonne idée de le faire jouer comme un 3ème flanker. Je vois également encore Randall Davies être expulsé et, au lieu de prendre la direction du tunnel, enjamber la main courante pour aller passer sa colère ailleurs. »

John a joué 93 matchs pour Cardiff de 1967 à 1972, inscrivant 24 essais et 30 drops pour un total de 359 points, un total qui aurait pu être beaucoup plus important s’il avait été le buteur principal de l’équipe avant ses deux dernières saisons.A ses débuts, John avait un coup de pied quelconque. Il n’a véritablement commencé à buter que lors de sa première saison à Cardiff. « Il y avait de meilleurs buteurs que moi » reconnait-il.

« Je crois que j’ai pris la relève lorsque mon coup de pied est devenu à la mode mais je n’ai jamais passé des heures à m’entraîner spécifiquement dessus. Je me rappelle qu’à la fin d’un entraînement avec la sélection galloise, Clive Rowlands m’a dit que je prendrai les coups de pied contre l’Angleterre le samedi. »

« Nous retournions vers les vestiaires quand Clive m’a appelé : « Barry, est-ce que tu voudrais t’entraîner à buter ». Je n’en avais pas particulièrement envie mais j’ai pris une balla que j’ai placé à 20 mètres des poteaux. J’ai passé le but et j’ai dit à Clive : « c’est bon, je suis en forme ». Il m’a regardé partir bouche bée. Contre l’Angleterre, j’ai réussi un 3/3 dont une pénalité le long de la ligne de touche. »

John a joué 25 tests pour le Pays de Galles et cinq avec les Lions – un en Afrique du Sud en 1968 et quatre en Nouvelle-Zélande trois ans plus tard. Il a passé 10 drops, des deux pieds. En 1970, ses quatre drops ont permis à Cardiff de battre Llanelly, son ancien club 12 à 9 à l’Arms Park. »J’aurais pu en taper 12 ; peu importe la façon de gagner. »

« Il s’agissait de gagner, pas de jouer d’une certaine façon. Je me rappelle que lors de la tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande en 1971, un entraineur du Queensland avait parié que les All Blacks allaient nous écraser, affirmant que nous étions la pire équipe qu’il ait vu ou quelque chose comme ça. Quand TP. McLean, le journaliste qui était considéré comme la voix du rugby néo-zélandais, s’est assis à côté de moi dans le vol au dessus de la mer de Tasman, je lui ai dit qu’il n’avait pas de questions qu’on ne m’avait déjà posé. »

« Les journalistes et les joueurs étaient alors proches et pouvaient se faire mutuellement confiance. J’avais l’habitude de me lever le matin des matchs du Pays du Galles et d’être interviewé par Tom Davies de la BBC Galles, en gallois et en anglais. TP a froncé les sourcils et m’a demandé depuis quand je n’avais pas été du côté des perdants. »

« Envoyer la balle à gauche ou à droite, ça n’était pas compliqué pour moi. Il s’agissait juste d’attendre le bon moment et s’il fallait jouer au pied pendant 75 minutes, peu importait »

« Le Pays de Galles venait de remporter le Grand Chelem et j’ai eu du mal à lui répondre. Avec le ton qui était le sien, TP m’a ffirmé que nous n’étions pas les perdants que l’on annonçait. Tout le monde était certain que lors du premier test j’allais tester l’arrière des Blacks, Fergie McCormick, avec des chandelles. »

« J’ai préféré tapé dans les coins pour le faire courir. Quand j’avais la balle, je savais ce que j’allais en faire mais pas les défenseurs. J’avais la chance d’être ambidextre et de pouvoir jouer des deux pieds : envoyer la balle à gauche ou à droite, ça n’était pas compliqué pour moi. Il s’agissait juste d’attendre le bon moment et s’il fallait jouer au pied pendant 75 minutes, peu importait. Mais lorsque l’opportunité de jouer se présentait, j’étais prêt. »

En 1968, un changement de règle initié en Australie interdisait les joueurs de taper directement en touche  lorsqu’ils étaient en dehors de leurs 22 mètres. « je suis retourné à Llanelly et quelqu’un m’a dit que c’était la fin de ma carrière car je ne faisais que taper et que je serait incapable de m’adapter. Je ressentais tout le contraire parce que je savais aussi lancer le jeu. Je savais que je pouvais exploiter pleinement ce changement de règle car le rugby a toujours été pour moi une question d’instinct et d’habilité. J’ai eu la chance de faire partie d’équipes où il y avait d’excellents jours : Gareth Edwards devant moi ou quelqu’un comme John Dawes à mon extérieur étaient les meilleurs passeurs que j’ai jamais vu.

« Le poste de demi d’ouverture a toujours été exigeant au Pays de Galles. Quand je jouais, le 10 était le véritable meneur de jeu dans toutes les équipes. Pour jouer avec le Pays de Galles, il fallait donc être le meilleur de tous. Des joueurs comme Mike Grindle d’Ebbw Vale ou Dai Parker de Neath n’ont jamais percé mais ils étaits très habiles et très rapides. »

« Je conçois toujours le rugby comme une forme d’art, une bataille spirituelle »

« On ne peut pas comparer le jeu d’ajourd’hui à celui d’hier, mais tout ce que je peux dire c’est que le rugby est devenu une science. Les joueurs portent des GPS mais il est dommage que la magie ne se soit emparé d’eux car je conçois toujours le rugby comme une forme d’art, une bataille spirituelle. »

John affirme qu’il ne conserve de souvenir préféré de sa carrière. Son essai de 1969 contre l’Angleterre, quand il ramassa la balle au milieu de terrain et qu’il se joua des défenseurs, est sur internet, mais comme la partie était gagnée, John ne le considère pas comme un sommet. Son essai contre la France dans le match pour le Grand Chelem de 1971 fut important tout comme la tournée des Lions cette année-là.

Les lions jouaient les universitaires néo-zélandais et John s’apprêtait à tenter un drop lorsqu’il se ravisa parce que la passe n’était pas bonne. Il entama alors une course que se finit au milieu des poteaux adverses. Le stade s’était tu avant d’applaudir l’exploit. « Dès que j’ai reçu le ballon, je savais que nous allions marquer. La seule question était de savoir qui de moi ou d’un autre joueur allait marquer. Cela dépendait de la façon dont les défenseurs allaient réagir. »

Certains considèrent que Barry John n’aurait pas connu pareille réussite à l’heure du rugby professionnel. Il aurait du s’adapter davantage, écouter un peu plus les consignes de ses entraîneurs mais avec son esprit de compétiteur, il se serait adapté. Regarder Dan Carter aujourd’hui, c’est sans doute regarder une version moderne de Barry John.

Quelqu’un a crit que John était un géant parmi les géants. Nous avons tous nos joueurs préférés et si nous avions la chance de pouvoir revenir dans le passé pour revoir ces joueurs en action, nous retournerions volontiers en janvier 1972 lorsque Cardiff domina Coventry, qui était pourtant une des meilleures équipes anglaises du moment et qui comptait dans ses rangs de très bons joueurs comme David Duckham que Barry John avait côtoyé sous le maillot des Lions.

Cardiff était mené 15 à 3 lorsqu’une pénalité fut accordée aux Gallois. John s’assit sur le ballon le long de la ligne de touche à 25 mètres à droite des poteaux adverses. Les Anglais se placèrent alors aux pieds de leurs poteaux en attendant le coup de pied. Nonchalamment, John se releva, s’adressa à l’arbitre qui lui répondit en hochant la tête et John joua la pénalité à la main. Ce n’est que quand il eut marqué l’essai que les joueurs de Conventry comprirent ce qui s’était passé. Quelques minutes plus tard, John se dirigeait de nouveau vers l’en-but anglais avec trois défenseurs à ses trousses. Il comprit qu’il ne marquerait pas seul et d’une passe par dessus les têtes adverses il servit son numéro huit, Carl Smith, arrivé lancé et qui finit sa course derrière les poteaux, inscrivant l’essai de la victoire.

Un peu plus de 100 jours plus tard, John quittait définitivement les terrains de rugby. « Très peu de gens en dehors de ma famille savait que c’était mes adieux. Jel’avais dit à Gareth Edwards et Gerald Davies ainsi qu’à mon patron à la banque. Je suis parti sur une bonne note : nous avons gagné 32 à 28 un match qui vit s’opposer les meilleurs joueurs de Grande-Bretagne et d’Irlande. »

> Lire l’article dans The Guardian

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