Toulon 1992 : les minots

TOULON, DANS LES ANNEES 1980, C’ETAIT QUELQUE CHOSE : GALLION, HERRERO, MAYOL… DES TERREURS. MAIS EN 1991, LES TERREURS ETAIENT TOMBEES SUR BEGLES, UNE EQUIPE ENCORE PLUS TERRIBLE. IL ETAIT TEMPS DE TOURNER LA PAGE ET DE LAISSER LA PLACE AUX MINOTS.

« Juste avant d’attaquer le match contre Aurillac, se rappelle Aubin Huebar, ce fameux match où se jouait la montée ou la descente du club, j’étais au club house, que Thierry Louvet tenait à cette époque, et une supportrice nous annonce gravement, l’air très sûre d’elle : « Vous allez être champions de France. » Autant dire qu’à cette époque, on ne pouvait qu’avoir envie de rire, en entendant ça… Et pourtant, elle est restée dans nos têtes cette phrase. »

Nous sommes alors le 19 avril et Toulon va jouer son destin à Montpellier face à Aurillac. Les Minots, car c’est ainsi qu’on surnomme cette équipe, vont gagner le droit de rêver quelques semaines de plus en étrillant les Cantalous 29 à 9. Mais que leur parcours fut compliqué.

Pendant l’été 1991, on avait assisté à une double passation de pouvoirs. Le président Agostini en avait fini avec son mandat et il fallait trouver quelqu’un pour le remplacer. Le nom d’André Herrero commençait à circuler avec insistance sur la rade mais l’ancien talonneur des rouges et noirs hésitait à prendre la succession car les finances du club présenter un déficit de plusieurs millions de francs. Pour faire simple : les Toulonnais devaient trouver quatre millions pour éviter de sombrer. Herrero devait finalement accepter de relever le challenge.

Dans le même temps, c’est son frère Daniel qui s’en allait après huit ans à la tête de l’équipe première. Bernard Herrero choisissait Jean-Claude Ballatore, celui qui avait conduit Nice jusqu’en finale du championnat, assisté d’Alain Carbonel, en charge des arrières, pour le remplacer.

L’équipe, qui avait été l’une des têtes d’affiche des années 1980, allait elle aussi être profondément remaniée. Alors que le club devait faire face à la fin de carrière des Cauvy, Gallion Orso, au départ des Bianchi, Saint-Sardos, Deylaud… Ballatore décidait de limiter le recrutement de joueurs extérieurs. Seuls Aubin Hueber, demi de mêlée international venu de Lourdes, et Francis Lagleyre, ouvreur ou arrière originaire de Bagnères, rejoignaient la rade.

« Je le reconnais, j’étais un entraîneur assez directif, ça n’a pas été sans mal, mais je préfère de loin les fortes personnalités aux bons soldats »

Pour compenser les autres départs, Ballatore comptait s’appuyer sur de jeunes joueurs : Orsoni (2ème ligne formé à La Seyne), Sauton, Guerra (venu de Hyères), Delaigue, Teisseire, De Rougemont, Califano, Chouquet, Périé, Repon… Pour les encadrer, il pourrait compter sur les valeurs sûres du club : Loppy, Motteroz, Dasalmartini, Trémouille, Carbonel, Louvet, Melville, Champ…

Et pour une fois, à Toulon, on décide d’être raisonnable. Si on parle toujours de titre, l’objectif n’est d’être champion de France que dans trois ans. Les résultats difficiles enregistrés pendant l’automne et l’hiver ne devaient pas inciter les supporters du RCT à plus d’optimisme.

La nouvelle équipe peinait à trouver ses marques, alternant jolis succès et grosses déconvenues, et les coups du sort s’abattent sur Toulon : les blessures s’accumulent au point que Manu Diaz se vit contraint de sortir de sa retraite à 36 ans et les deux recrues se virent frapper d’une licence rouge pendant la durée de la coupe du monde.

« Daniel avait parfaitement utilisé son groupe jusqu’au bout, constatait Ballatore, mais moi, j’ai dû reformer une équipe avec les pires difficultés qui soient : les blessures, les coups du sort… Je le reconnais, j’étais un entraîneur assez directif, ça n’a pas été sans mal, mais je préfère de loin les fortes personnalités aux bons soldats (…) Après je me suis rendu compte que ce qui comptait, c’était que les joueurs s’aiment entre eux. S’ils s’aimaient entre eux contre l’entraîneur, ce n’était pas grave. »

Le 15 mars, les Toulonnais laissaient échapper leur dernière chance d’éviter les barrages en perdant 10 à 15 à Bayonne. Un mois plus tard, ils passaient le barrage et lancer une aventure qui, comme l’espérait cette supportrice croisée au club house, allait les mener au titre de champion de France.

SOURCES :
Laminés par les minots : L’Equipe, 6 juin 1992
Les petits princes sont des dieux : Var Matin, 7 juin 1992
Gaëlle Nohant, « Le rugby club toulonnais, 1908-2008 » : E/P/A, 2008r

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