Diego Dominguez : le canardeur

Modèle de rigueur et d’hygiène de vie, perfectionniste dans sa preparation, modèle dans l’animation du jeu et référence dans l’exercice des tirs aux buts, Dominguez a porté l’Italie vers le Tournoi et rapporté plusieurs Brennus au Stade Français. Portrait d’un ambitieux

Juin 2004 : Diego Dominguez fait le tour du Stade de France juché sur le bouclier de Brennus. Cette scène, on a l’impression de l’avoir déjà vue. C’était en mars 2000 après France-Italie. Avec ses potes du Stade Français, il agitait son canotier en guise d’adieux à la scène internationale. Il était revenu sur sa décision. Malgré son grand âge, il continua à cartonner des quatre coins  du terrain. Mais cette fois, c’était sûr. Cette finale du championnat de France 2004 serait son dernier match. Et les défenseurs pouvaient pousser un gros soupir de soulagement.

Ordre et rigueur
Car Diego Dominguez, c’est une litanie de chiffres impressionnants : pratiquement 1.000 points inscrits en tests internationaux, plus de 600 en coupe d’Europe et des milliers de points laissés sur les terrains d’Argentine, d’Italie et de France, les 3 championnats nationaux où il sévit.  « Il a un pourcentage impressionnant dans les tirs au but, témoigne Julien Peyrelongue. Il gère très bien le jeu avec de bons coups de pied de replacement en défense. Je pense, que dans la performance, c’est celui qui a le plus de régularité. »

« La concentration m’aide en match à oublier ces décharges du cerveau qui provoquent mes tics. En match, je ne sais même pas s’ils sont encore là »

Pour être régulier, il ne faut rien laisser au hasard. Dominguez fut donc un monstre d’exactitude. Maniaque à l’extrême, il gonflait lui-même ses ballons avant les matchs ou les entraînements. Même sous la pluie, il pouvait rester seul pendant des heures à régler la mire. La concentration lui fait alors oublier tous ses tics : « Si j’ai joué au rugby c’est d’abord par passion. Même s’il est exact qu’il tient un rôle par rapport à mes contractions de la face. La concentration m’aide en match à oublier ces décharges du cerveau qui provoquent mes tics. En match, je ne sais même pas s’ils sont encore là ! »

Exigeant sur les terrains, Dominguez l’était également à la maison. Professionnel avant l’heure, il accorda toujours une importance extrême à ce qu’il mangeait et à ses temps de repos (couché à 22h après une petite tisane et réveil à 7h). Ça ne devait pas être drôle tous les jours chez les Dominguez.

« La seule fois où je l’ai vu un peu abuser de l’alcool, c’est pour notre mariage. Il s’était un peu laissé aller »

Il ne buvait « que de l’eau, expliquait Soledad, sa femme, rencontrée en Argentine alors qu’il n’avait que 15 ans et qui s’occupait de son alimentation avec un spécialiste italien. Parfois un verre de vin italien lors d’un dîner, une coupe de champagne ou une bière après un match, voilà les rares entorses qu’il s’autorise. La seule fois où je l’ai vu un peu abuser de l’alcool, c’est pour notre mariage. Il s’était un peu laissé aller. »

« Il déteste les gens qui fument, poursuivait-elle. Chez nous, il n’autorise personne à fumer. Quand son père vient, il est obligé de sortir. Son influence est énorme, du coup, il a cessé de fumer. Pour les amis, il s’est tout de même décidé à acheter des cendriers. »

Son but ? Gagner, gagner et encore gagner. « Ce qui compte ce sont les Coupes, personne ne se rappelle des noms des joueurs, se justifiait-il. Là, tu peux dire que tu entres dans l’histoire du club. Quand mes enfants verront les quatre Coupes, ils sauront que j’ai contribué à les gagner. Cette année, j’ai passé des moments difficiles. Mais je voulais tout faire pour finir champion, je n’ai rien lâché. » Or, des trophées et des coupes, il en a gagné partout où il est passé.

Italo-argentin
Né le 25 avril 1966 à Cordoba, Dominguez touche ses premiers ballons de rugby à 5 ans au club de La Tablada. A 16 ans, il failli devenir footballeur professionnel mais resta fidèle au rugby. En 1986, il est de la tournée des Pumas en France mais est alors barré en sélection par Hugo Porta. Il devra attendra 1989 pour connaître ses deux premières sélections avec la sélection argentine. Ce seront aussi ses deux dernières.

« C’est en Italie que j’ai mûri, à Milan, où j’ai joué quatre ans avec l’Australien David Campese, qui m’a appris plein de petites choses qui m’ont bonifié »

L’année suivante, il quitte l’Argentine pour signer à l’Amatori Rugby Milan. Considérant que les clubs issus de la province de Buenos Aires sont favorisés par rapport aux autres, il préfère sacrifier son avenir chez les Pumas pour embrasser une carrière professionnelle en Italie. Il ne regretta jamais son choix : « C’est en Italie que j’ai mûri, à Milan, où j’ai joué quatre ans avec l’Australien David Campese, qui m’a appris plein de petites choses qui m’ont bonifié. Mais mon exemple pour buter a été le Sud-Africain Naas Botha, l’ouvreur des Springboks. Il a joué en Italie pour Rovigo et pendant qu’il se préparait à frapper, mes yeux se faisaient vidéo. Après les matchs, il me passait ses trucs. »

Dès 1991, il devient international argentine et participe à sa première coupe du monde. « Je suis argentin de naissance, mais italien d’adoption, se justufiait-il. Ma mère est milanaise et l’Italie m’a accueilli quand les Pumas m’ont renié (…) Sincèrement, j’adore ce pays. » Si les premières années avec la Squadra azzura sont difficiles, il va connaître à partir de 1994 l’ascension de l’Italie sur la scène internationale. Il forme alors une formidable paire de demis avec Alessandro Troncon au côté duquel il disputa 54 matchs internationaux.

« Je n’ai jamais oublié que nous attendions deux mois en Argentine dans les années 1970, avant de voir un mauvais film super-huit des rencontres du Tournoi car il n’y avait pas de vidéo à l’époque »

En 2000, il touche le graal : participer au Tournoi, la compétition mythique.  « Je n’ai jamais oublié que nous attendions deux mois en Argentine dans les années 1970, avant de voir un mauvais film super-huit des rencontres du Tournoi car il n’y avait pas de vidéo à l’époque. Cela fut une immense joie pour moi de côtoyer des joueurs que j’avais vus sur ces films et ce fut toujours une émotion que d’entrer dans les grands stades remplis pour le rugby comme ils le sont en Argentine pour le football. »

Dominguez est alors un élément indispensable à une sélection italienne alors sur le déclin. Il lui fait ses adieux au terme du Tournoi 2000 mais Brad Johnstone, le sélectionneur alors en place, et la fédération firent immédiatement le forcing pour qu’il revienne sur sa décision. Pour finir de la convaincre, la fédération italienne lui aurait promis un chèque de 45.000 euros pour qu’il dispute les cinq matchs du Tournoi 2001. Il poursuivit donc sa carrière international jusqu’au Tournoi 2003 mais renonça à une quatrième coupe du monde.

Le Parisien
C’est sous le maillot de la squadra qu’il se fait remarquer au printemps 1997 par Max Guazzini. Vainqueur de la France à Grenoble, il inscrit 20 points. Le président du Stade Français est sous le charme. Il l’invite à Paris. « En 20 minutes, il m’a convaincu » se rappelle Dominguez.  Commence alors un septennat de bonheur pour Dominguez avec le club de son cœur. « Il fait bon jouer dans cette équipe où chacun connaît son affaire et où la solidarité n’est pas un vain mot »

« Cette défaite me restera en travers de la gorge toute la vie »

A Paris, Dominguez étoffe un peu plus son palmarès. Déjà quatre fois champion en Italie, il remporte une coupe de France (1999) et quatre Brennus (1998, 2000, 2003 et 2004) avec le Stade Français. Lors du titre de 2000, celui de l’autogestion, il est l’un des joueurs cadres sur lesquels s’appuie Bernard Laporte. Les échecs répétés en coupe d’Europe, et notamment la finale perdue en 2001 face à Leicester (finale au cours de laquelle il inscrivit pourtant 30 points), resteront son seul regret. « Cette défaite me restera en travers de la gorge toute la vie ».

Heureux à Paris, Dominguez accepte de repousser d’année en année sa retrait. A l’été 2003, il rempile pour une saison avec le Stade Français pour un euros par mois. Guazzini explique le deal : « Diego continuera à s’entraîner individuellement. Il participera à un seul entraînement collectif par semaine. Il répondra présent si Nick Mallett le décide. » Dominguez préfère mettre l’accent sur la reconnaissance qu’il doit au club de la Porte de Saint-Cloud : « Je devais bien ce coup de main à ce club qui m’a tant apporté ». Il chaperonnera le jeune David Skrela pendant un an, ajoutera un dernier Brennus à con palmarès et développera un peu plus ses business avec Sportfive ou avec sa société BeRugBe.

 

SOURCES

  • « Je ne suis pas entraîneur, je reste joueur ! » : Le Parisien, 15 mai 2000
  • « Il fait bon jouer dans cette équipe » : Le Parisien, 30 octobre 2000
  • « Il ne faut pas rêver » : Le Parisien, 2 mars 2001
  • « Ma finale de Coupe du monde » : Le Parisien, 19 mai 2001
  • « Dominguez rempile pour un an et un euro » : Le Parisien, 16 mars 2003
  • « Diego Dominguez, de A à Z » : Le Parisien, 24 juin 2004
  • « Mme Dominguez livre les secrets de Diego » : Le Parisien, 10 avril 2004
  • « Diego, leur modèle » : le site rugby, juin2004
  • « Diego Dominguez, l’adieu du maestro » : reuters, 27 juin 2004

 

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