France-Galles 1965 : la parenthèse enchantée

Pour beaucoup, ce France-Galles fut le summum du french flair, le chef d’œuvre des frères Boniface. Un chef d’œuvre en forme de pied de nez aux dirigeants de la fédération.

Pour cette dernière levée du Tournoi 1965, le Pays de Galles débarque à Paris particulièrement confiant, une Triple Couronne en poche et l’espoir d’un Grand Chelem en tête. En face, les Français n’ont plus d’ambition si ce n’est de faire bonne figure après le fiasco subi à Twickenham un mois plus tôt.

Jouer et prendre du plaisir
L’information essentielle côté français concernait le retour en sélection des frères Boniface. Au début du Tournoi, l’option n’avait pas été envisagée par les sélectionneurs. Associés six fois au centre de l’attaque française en 1963, les Boni avaient été écartés au lendemain d’un match nul contre la Roumanie.

Pour ce Tournoi 1965, le comité de sélection comptait s’appuyer sur l’ossature de l’équipe qui avait réussi une belle tournée en Afrique du sud l’été précédent. Mais le retrait de Pierre Albaladejo (suite à la mort de son frère) à l’automne 1964 allait changer la donne. Pour le remplacer à l’ouverture, Jean Prat, qui passait pour être un des rares partisans des Boniface dans le comité, déplaçait le centre Capdouze, libérant une place pour Guy Boniface dès le début du tournoi.

La défaite subie à Twickenham lui permettait même de rappeler André, le plus gros caractère des deux frères. « André était toujours viré parce qu’il n’était pas aimé par certaines personnes, explique Jean Gachassin, autre talent de cette équipe de France. On les appelait les gros pardessus. Ils n’aimaient pas l’attaque, ils préféraient la défense. »

Avec le retour des Boniface, cette équipe de France se prit d’une ambition : jouer et prendre du plaisir. « Si on ne voulait pas se planter, se rappelle Gachassin, il fallait prendre les avants avec nous. Il fallait leur parler pour qu’ils se battent comme jamais et qu’ils nous donnent de bons ballons (…) On avait donc conditionné Michel Crauste, notre capitaine et mon capitaine à Lourdes qui avait passé le message devant. »

« On sentait qu’il y avait quelque chose de profond entre nous, appuie André Boniface. Tout le monde avait envie que le match se passe bien pour nous (…) Entre Guy qui était fou de joie, Michel Crauste et Jean Prat, heureux d’être parvenus à leur fin, la certitude s’est doucement installée que sauf calamité de la météo, ce France-Galles allait être une grande fête de l’attaque. »

Festival
Dans les couloirs de Colombes, à l’heure d’entrer sur la pelouse, Jean Gachassin prit la parole : « ces sélectionneurs, ils nous emmerdent ! Maintenant, on est sur le terrain et on fait ce qu’on veut ! »

André Boniface était dans le même état d’esprit : « j’en avais tant sur le cœur que je m’étais promis pour commencer de balancer un énorme coup de pied de dégagement qui traverserait tout le terrain, dédié à tous ceux qui ne juraient que par le risque zéro, le jeu à zéro passe. »

Mais il n’y eut pas de grandes envolées ni de grands coups de pied pour commencer, juste un essai de rapine pour la France. Cet essai, signé par le talonneur Cabanier, eut pour effet de libérer les Français et le festival annoncé put commencer. Sur une belle attaque, André Boniface servait son frère Guy qui s’arrachait pour finir dans l’en but gallois. « Oh ! le regard de Guy une fois qu’il eut posé la main sur le ballon, juste de l’autre côté de la ligne et qu’il eut levé l’autre en guise de triomphe, se rappelle l’aîné des Boni. Son regard qui cherchait le mien, qui rayonnait et étincelait. Il y avait tout dans le regard de Guy. »

Une pénalité de l’arrière Dedieu portait la marque à 15 à 0 en faveur du XV de France alors qu’on jouait à peine depuis vingt minutes. La blessure de l’arbitre, l’Irlandais M. Gilliand et les dix minutes de palabres qui s’ensuivirent avant que tout le monde n’accepte que le français M. Marie le remplace, ne coupèrent pas l’élan des Français.

Dès la reprise du jeu, ils inscrivaient un essai de 90 mètres, sur une action qui vit le ballon passer des mains des avants à celles des trois-quarts avant qu’André Hérrero ne conclue le mouvement. Pour André Boniface, c’était tout simplement « un essai merveilleux ! Tout ça, c’est le rugby que je voulais jouer : c’est redonner aux avants la balle qu’ils nous avaient donnée avec confiance. »

« Quinze joueurs qui sont animés du même état d’esprit »
Un deuxième essai de Guy Boniface peu avant la mi-temps portait le score à 19 à 0 en faveur de la France. Il culminait à 22 à 0 à la 45ème lorsque Lasserre récompensa la domination des avants d’un drop. « Bernard Marie a eu peur qu’il y eut la déculottée du siècle, se tempère néanmoins André Boniface. Il a bloqué le jeu et il a bloqué notre jeu en même temps. »

Jean Gachassin confirme : « il avait peur d’être sanctionné par le Board. Il ne voyait que les fautes françaises. » A la 47ème, il oubliait ainsi l’arrêt de volée de Campaes, permettant à Dawes de marquer le premier essai gallois. Peu après l’heure de jeu, deux essais de Webb et Stuart Watkins ramenaient la marque à 22 à 13. Elle ne bougerait plus jusqu’à la fin du match.

« On savait qu’un jour, on arriverait à cette plénitude de jeu et qu’il n’y aurait pas cette cassure entre les avants et les trois-quarts, se félicite André Boniface. Le rugby est fait pour être joué par quinze joueurs qui sont animés du même état d’esprit. Le rugby offensif, il part du pilier jusqu’à l’arrière. Ça passe aussi par tout ce qui entoure un match, notamment la confiance réciproque qui se créé pendant les quatre ou cinq jours où nous sommes ensemble.»

Sortir par la grande porte
Après une telle performance, cette équipe de France était intouchable. Sauf pour les « gros pardessus » qui, dans la coulisse, attendaient le moment opportun pour sanctionner ces garnements qui les avaient ouvertement défié leur autorité sur la pelouse de Colombes.

Ils durent attendre un an et le Galles-France de 1966. Alors que la France menait 12 à 8 dans les toutes dernières minutes du match, une passe de Gachassin pour André Boniface fut emportée par une bourrasque de vent et finit dans les bras de Stuart Watkins. L’ailier gallois inscrivait un essai de 80 mètres et le Pays de Galles l’emportait 13 à 12.

Le lundi matin, Midi Olympique titrait « le pack français trahi », pointant du doigt les errements de la ligne d’attaque. Les sélectionneurs en profitèrent pour remettre les frères Boniface au placard. Pour l’ailier Darrouy, « les boni ont été virés comme des malpropres sur un coup où ils n’ont même pas touché le ballon. »

Longtemps après, André Boniface avait oublié toute rancune. « Finalement, les sélectionneurs ont bien fait de me virer… parce que c’est la connerie humaine qui m’a permis de sortir par la grande porte. »

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2 réflexions sur “France-Galles 1965 : la parenthèse enchantée

  1. Jaussoin dit :

    Salut les gars !
    Merci pour l’article! tins de souvenirs …
    Savez vous svp si la video du match est en ligne ? (en particulier la première mi-temps?)
    Ou alors disponible sur tout autre support?
    D’avance merci !
    Amities Rugbystiques,
    Dom

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